22.02.2012
Eine Publikation der Primus Verlag AG
 
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«Je suis naturellement attiré par le Sud»

Sébastien Buemi aime les grands espaces et les plaisirs simples. Le pilote de F1 est avant tout un humain, chaleureux, enthousiaste, attachant.

Sébastien Buemi, comme tout un chacun, vous avez encore en mémoire vos premières vacances familiales. 

Le plus lointain souvenir reste Antibes. Mais avec fort peu de détails car j’étais vraiment petit. En revanche, Torremolinos reste parfaitement ancré dans ma mémoire. Mes parents y avaient acquis un logement et nous nous y sommes rendus à maintes reprises avec mon petit frère Laurent. 


Adolescent, n’aviez-vous pas envie d’évasion? 

C’est précisément à cette époque que mon avenir professionnel s’est dessiné. Je m’étais inscrit au gymnase mais n’y suis finalement jamais allé! Mon adolescence a tout simplement été dictée par le calendrier des courses et les entraînements physiques, presque incompatibles avec les virées entre copains. Et entre 16 et 17 ans, je suis entrée dans la filière Red Bull.

En fait, la tradition familiale n’a jamais vraiment été de travailler toute l’année et de bloquer ensuite deux semaines fixes pour décompresser. Et la passion qui m’animait exigeait aussi énormément de sacrifices.


Pour vous, qu’est-ce qu’un voyage d’agrément?

Entre 5 et 14 ans, j’ai eu droit aux vacances, comme tout le monde. Après plus. Aujourd’hui, un voyage d’agrément reste un laps de temps me permettant de déconnecter du sport. Ces périodes sont plutôt rares mais extrêmement importantes. Même durant le mois d’août où la F1 observe traditionnellement une pause estivale, je n’ai finalement eu que neuf jours de relâche. Jennifer et moi en avons profité pour visiter les parcs d’Orlando et redescendre ensuite en voiture sur Miami.


Toutes les obligations annexes permettent-elles vraiment de mener une vie de couple «normale»?

Comme je l’ai dit, j’apprécie énormément ces rares moments de détente comme ceux que nous avons eus en Floride. Psychologiquement, ils permettent aussi de conditionner le reste de la saison et de recharger les batteries. Ces moments-là sont d’autant plus importants qu’ils sont presque les seuls que nous passons ensemble entre le premier et le dernier Grand Prix de la saison.


Votre moitié ne vous accompagne jamais sur les circuits?

Très rarement. Peu de gens emmènent leur femme sur leur lieu de travail! Elle est infirmière et sa profession comporte aussi des horaires irréguliers. Lorsqu’elle le peut, Jennifer me rejoint à Monaco.


Les plaisirs de la table font aussi partie des voyages et des vacances. Vous sont-ils interdits?

Notre sport est très conditionné par le poids. En F1, on sait qu’un kilo de plus ou de moins peut modifier toute la mise au point. Mais cela ne signifie pas que l’on soit contraint de se priver de tout. Si l’envie d’une bonne entrecôte me saisit, je n’hésite pas. Tout est finalement question de modération.


La F1 exige de multiples déplacements aériens. Comment jugez-vous l’évolution de cette industrie?

On court tous après le temps. Et on en perd énormément. Les multiples contrôles et procédures exigés dans le transport aérien m’exaspèrent. Je les subis comme tout le monde, je les comprends aussi en raison des risques d’attentat. Il est toutefois clair que les programmes de voyageurs fréquents nous procurent des avantages et accélèrent parfois ces formalités. 

Au niveau aéroportuaire, on trouve aussi de tout. Certains sont tout à fait fonctionnels, avec le regroupement des activités d’une compagnie dans un même endroit. D’autres plates-formes européennes que je ne citerai pas sont un désastre. Genève, qui reste à taille humaine, est en revanche performant. Lorsque je suis à Aigle, je m’y rends plus volontiers en train car le réseau autoroutier est surchargé. 


Dans l’absolu, qu’est-ce qui vous dérange le plus dans les voyages aériens?

Les compagnies Low Cost qui poussent la productivité jusqu’à ne plus être en mesure de tenir l’horaire.


Et au niveau hôtelier?

Nous avons la chance de loger dans de bons hôtels durant toute la saison. Mais la prudence s’impose en matière d’air conditionné, notamment sur les destinations chaudes où les mauvais réglages peuvent entraîner de fâcheuses conséquences sur la santé. Le programme spécial du Grand Prix de Singapour impose aussi d’autres contraintes: toute la F1 maintient ce week-end son horloge biologique au rythme européen, ce qui oblige les hôteliers à garantir une flexibilité maximale, notamment en termes de repas. 


A titre privé, quelles sont vos destinations de prédilection?

Je suis naturellement attiré par la mer et le Sud. J’aime le chaud. J’affectionne aussi les grands espaces comme l’Australie, le Canada et le Brésil. Le Japon, si différent en termes de mentalité et d’infrastructures, mérite aussi une mention. La F1 m’a aussi ouvert de nouveaux horizons en matière de voyages et de cultures. 


Et les villes?

Si j’apprécie les courtes escapades dans les grandes villes, je ne pourrais jamais y vivre. Perdre trente minutes pour acheter son pain, très peu pour moi. Les grandes villes ajoutent du stress inutile. Monaco représente en fait le juste milieu car l’arrière-pays est tout proche. Et cela me fait toujours extrêmement plaisir de revenir ici à Aigle où j’ai mes racines. 


Vous avez fait d’une passion votre vie et votre profession. Qu’en retirez-vous?

Peu de gens ont un tel privilège, j’en suis parfaitement conscient. Je suis aux anges de vivre de cette passion. En ce sens, je suis très redevable à Red Bull qui m’a permis de réaliser ce rêve. La F1 m’a peut-être aussi apporté une certaine maturité avant l’âge. On évolue plus rapidement car on y est livré à soi-même. 


Que serez-vous dans dix ans?

J’espère être encore là, au sein d’une écurie qui me permettra de gagner des courses. La reconversion viendra plus tard. Mais ce sport ouvre de belles possibilités. Et je n’ai jamais abandonné l’idée de faire ma maturité en accéléré!


Sébastien Buemi

Sébastien Buemi est l’un des rares Suisses ayant réussi à faire sa place dans le monde extrêmement fermé qu’est la Formule 1. Né le 31 octobre 1988, l’Aiglon est le premier fils d’Antoine Buemi et de son épouse Véronique, née Grachnang. Deux familles qui ont fait de la mécanique automobile leur profession et qui transmettront le virus au petit «Seb». Dès l’âge de 4 ans, il fera ses premières armes sur un karting autour du garage familial. Tout s’enchaînera rapidement: à partir de 12 ans, il participe au Championnat suisse de karting qu’il remporte quatre fois. En 2002, ce sera le Championnat d’Europe, puis celui d’Italie l’année suivante. Seb figure ensuite parmi les six sélectionnés de la Formule BMW qui accorde une bourse aux heureux élus. En 2004, il termine 3e en Formule BMW alors que l’autre Sebastian, Vettel, est sacré champion. Seb Buemi terminera second du même championnat en 2005 avant de passer en Formule 3 entre 2006 et 2007. Puis ce sera l’antichambre de la F1, le championnat GP2. Depuis 2009, Seb Buemi est pilote de F1 au sein de la Scuderia Toro Rosso. Célibataire mais lié à Jennifer, il réside à Monaco mais est fréquemment de passage à Aigle.

Dominique Sudan

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